Entretien avec Cécile de Vregille : une horse girl passionnée et passionnante

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Rédigé par Pegase-Insurance

16 Oct, 2023

PI :Pouvez-vous vous présenter, nous décrire votre parcours professionnel et l’attirance pour le bien-être animal ?

Finalement qu’est-ce qui vous a amené à l’éthologie ?

CDV : Cavalière depuis plus de 35 ans, j’ai eu la chance de commencer à cheval avec Marie Christine De Laurière ( Duroy à l’époque ) 

Depuis toujours, je suis fascinée par les chevaux, leur taille, leurs yeux, leur souffle, la façon dont ils interagissent, tout me passionne chez les chevaux ! 

Adolescente, je mène de front mes études et l’équitation. Mon Bac en poche et pour rassurer mes parents, j’intègre l’Institut de Management Européen, pour un master un marketing communication. 

Une fois diplômée, mon intérêt pour les chevaux se confirme. Nous sommes en 2003. Alors, je recherche une relation différente avec les chevaux. Et, j’entends parler du haras de la Cense. Et là, un déclic, c’est cette relation que je veux avec les chevaux : connexion , confiance, respect… 

Pouvoir enchaîner un tour en licol ou en cordelette, descendre et jouer avec son cheval en liberté. 

C’est ce virus que j’ai attrapé !

Je pars donc me former plus d’un an au Montana  et au Wyoming avec les chevaux sauvages. Puis encore un an à la Cense en France . 

J’ai eu la chance de côtoyer les meilleurs horsemen : Ray hunt, Parelli , Andy … 

PI : Quelle est votre définition de l’éthologie, à quoi aide-t-elle ?

CDV : L éthologique est classée par la fédération comme une discipline, mais à mon sens, elle ne le devrait pas. Par exemple, j’ai eu en rééducation des chevaux de toutes les disciplines : ceux qui ne rentraient plus dans les boites en course, ceux accidentés à l’attelage, ceux qui bougent au montoir, ou encore ceux qui ne montent pas dans les camions

L’équitation  dite éthologique, est donc un mélange entre l’équitation (monter à cheval) et l’éthologie, l’étude du comportement d’un animal dans son milieu naturel. 

Pour moi, faire du horsemanship, ou de la rééducation de chevaux, c’est mettre en pratique, ce que ce que j’ai appris au Montana, à La Cense, et avec tous les hommes de chevaux que j’ai rencontré. 

Il s’agit juste de mieux comprendre comment l’animal fonctionne, pense.  Connaitre son monde sensoriel permet d’agir avec la façon dont il apprend. 

Bon nombre de personne serait surpris de savoir comment le cheval apprend. 

PI : Au quotidien, de quelle manière organisez-vous vos journées ?

CDV : A vrai dire je pense avoir un vrai problème d’organisation car je suis tout le temps débordée. 

Aucune de mes journées ne se ressemble, j’alterne entre travail à la longe, cours individuels, rééducation, bio mécanique, séance d’analyse comportementale, organisation des stages … et puis tous ces autres projets sur lesquels j’aimerais avancer ! 

PI : À quoi ressemble les séances d’éthologie ?

CDV : Je pense que pas une ne se ressemble. J’analyse les réflexes d’opposition du cheval, la façon dont il perçoit son environnement, la façon dont il réagit la façon dont il bouge, ses pieds. J’essaie de comprendre la problématique de son problème et de trouver un moyen pour l’aider.

Pour cela, j’essaie de mettre en place des codes que le cheval comprendra facilement. J’essaye d’avoir le contrôle sur ses pieds sans le soumettre mais avec sa motivation à lui.

PI : A qui sont destinées ses séances ?

CDV : Les séances sont destinées à tous les chevaux. Malheureusement je suis le plus souvent appelée pour des chevaux avec des problèmes. 

J’aimerais aussi être appelée pour des personnes qui n’ont pas de problème avec leurs chevaux, mais qui souhaitent l’aborder différemment, développer une relation de confiance, de légèreté, d’harmonie . Car c’est vers cela que tend le horsemanship. 

PI : Plus équines ?

CDV : Cette question, nous amène à une petite remise en ordre entre guillemets car nous ne faisons pas d’éthologie à proprement dit. Je n’ai pas étudié ni les fourmis ni les éléphants. On appelle cela de l’équitation éthologique car nous prenons en compte la façon dont le cheval se comporte dans un milieu naturel. Depuis que je fais ce métier, nous avons déjà eu plusieurs appellations. Nous étions au début horseman, chuchoteur, puis comportementaliste et maintenant équitation éthologique. Personnellement j’aime garder ce nom de Horse Man, Horse girl . c’est les chevaux et l’expérience qui ont aussi fait ce que je suis aujourd’hui.

PI : Aux professionnels et /ou aux amateurs ?

CDV : Je dirais que c’est adapté pour les deux, bien entendu ! J’ai eu la chance de travailler pendant 10 ans, avec l’une des meilleures cavalières au monde, non pas parce qu’elle avait des problèmes avec ses chevaux mais parce qu’elle souhaitait tout savoir. Je suis arrivée chez elle avec ma chemise à carreaux et ma selle western. Elle est à mon sens, en plus d’être l’une des meilleures cavalières du monde, une star de la biomécanique. Elle sait faire fonctionner les chevaux comme peu de personne. 

Maintenant, je m’adresse aussi, et de plus en plus aux amateurs qui recherchent de plus en plus à avoir une relation juste éthique et durable avec leurs chevaux.

Malgré un emploi du temps chargé, je souhaite à présent développer les stages pour aider davantage de chevaux et améliorer la sécurité dans le monde équestre. Je suis encore parfois très touchée de voir certains cavaliers ne pas connaitre ce que leurs chevaux mangent ou leurs besoins fondamentaux. On avance petit à petit, la Guérinière disait à l’époque : « la connaissance du naturel d’un cheval est un des premiers fondamentaux de l’art de le monter, et tout cavalier devrait en faire sa principale étude ». C’est plus que jamais d’actualité.

PI : Qu’est-ce qu’il y a de plus ardu dans ce métier ?

Parfois on rencontre des gens qui vous disent que l’éthologie ça ne sert à rien ou qu’ eux aussi ils font de l’éthologie…et qui critiquent copieusement. Ce n’est pas grave, c’est juste un peu fatiguant. 

Pour me remonter le moral , je repense souvent à il y a 10 ans , lorsque j’étais une des seules à longer en licol éthologique sur les CSI , avec mon drapeau, j’étais très controversée et critiquée, maintenant, beaucoup, beaucoup d’entre eux longent en licol éthologique. 

PI : Qu’est-ce qu’il y a de plus agréable dans ce métier ?

Je crois que mon plus grand bonheur est de voir les chevaux et les gens heureux, quasiment les larmes aux yeux, quand leurs chevaux se connectent.

C’est un travail sur soi qui emmène inévitablement vers un changement personnel. Les chevaux ont cette faculté, cette congruence qui nous oblige à nous remettre en question,  à gérer nos émotions et, ce que je pense être le travail d’une vie : essayer d’être juste. 

Les chevaux ont un cœur tellement énorme, je suis toujours surprise, touchée de voir tout ce qu’ils peuvent me donner.

PI : Quelle est votre plus belle expérience ?

Je crois que chaque expérience est belle, chaque cheval m’apporte quelque chose. 

J’ai souvenir à mon retour du Montana d’un étalon très difficile qui était en France. J’ai mis 15 jours avant de monter dessus, il m’a appris énormément sur les chevaux et sur moi-même. Il a été l’un de mes meilleurs compagnons jusqu’à sa retraite.

Les chevaux vous emmènent dans de longues réflexions. Je suis capable de me creuser la tête toute la nuit pour essayer de comprendre et de savoir. Je pense que c’est ça d’être passionnée. On a tous eu un cheval qui nous a fait réfléchir ou dormir à côté de lui ! 

PI : Quels sont vos objectifs ?

Et bien je souhaiterais continuer à me former encore et toujours. Je serai en septembre au Montana pour une conférence sur le cerveau du cheval. Cela me fascine et j’ai besoin de comprendre. Je souhaite aussi développer les stages de formation pro et grand public. 

Mes diplômes permettent d’enseigner et de transmettre. 

Je rêverais aussi de pouvoir me rapprocher de la fédération française d’équitation pour pouvoir faire évoluer les choses.


PI : Selon vous, quelles sont les qualités requises pour être un bon éthologue?

Encore une fois le terme éthologue est erroné, je choisirais Horsman et je dirais que les qualités requises sont nombreuses : il faut savoir se remettre en question, être patient, laisser ses émotions de côté, ne pas être pressé, parfois savoir laisser le cheval gagné, savoir obtenir le meilleur de lui-même sans le soumettre, mais en le motivant. Le langage corporel est fondamental aussi lorsque l’on débute on se rend compte à quel point on est maladroit versus le cheval qui est un champion du monde de la communication non verbale.

Enfin , je préciserais que ce qui fait la différence avec bon nombre d’entre nous, c’est les années d’expérience, à brasser et à manipuler des chevaux et des chevaux.

On arrive à l’heure actuelle dans un système où quelqu’un qui vient d’être diplômé aura plus de visibilité et de succès que quelqu’un qui exerce depuis 20 ans. C’est la loi des réseaux sociaux et il faut aussi savoir s’adapter. 

PI : Avez-vous d’autres passions ?  

Oui, mon problème à moi, c’est que je suis attirée par plein de choses ! Je fais de la photo, un peu de musique et suis passionnée par toutes les autres médecine dites alternatives. Les pierres, les jeux de cartes, les instruments de musique …. Passionnée également par toute l’anatomie du cheval et la façon dont fonctionne son corps. J’aurais aussi aimé être vétérinaire (rires)

Pour aller plus loin: